Ce fut il y a quatre-vingts ans ...
Rappelons-nous cette belle époque où chacun avait besogne et gagnait son blé.
Cochon, lui, très gourmand, avait le monopole du gain, le grain des animaux.
Il apportait chaque matin à Coq le fruit de ses opérations, ce qui ensoleillait la journée sur le Royaume. Coq chantait, il était fier, nourri. Vautour, lui toujours aussi avide en avait pour son pécule : Cochon lui livrait à toutes occasions ses cochonets ; ce qu'appréciait beaucoup Vautour. Ce rapace se préoccupait peu de Coq trop vaniteux, il l'eut préféré « au vin ». On entendait peu, en ce temps, parler de Fourmi trop petit en ce Royaume. Lui s'adonnait plutôt à la besogne pour gagner son blé, son grain quotidien. Il en payait l'homme pour qu'il nourrisse sa famille avec de belles miettes de gâteaux. Fourmi ne se souciait guère de Cochon trop imposant à son goût. Lion était toujours en chasse, à l'affût d'une nouvelle proie. Il ne voulait pas de porcelets et regardait le grain avec dédain : ce cynique. Lion aimait mieux le cochon gros et gras.
Il vint un jour où Cochon alla crier famine chez Maître Lion :
« Très cher Roi, monarque parmis les monarques, je suis perdu. Mes opérations ne portent plus de fruits, mes cochonets ne viennent plus au monde, j'ai bien peur d'être devenu stérile ...
-Qu'entends-je ? Qu'ouïe-je ? Interpela sèchement Lion.
-Je n'ai plus de grain, j'ai nourri avec démesure. Trop bon Cochon que je suis, j'ai même prêté mes porcelets mais ils ont tous étaient mangés. Je suis maigre, je crains pour votre Royaume ! »
Alors se fut la débandade. Coq n'ayant plus ni fruit ni grain était désespéré. Il ne chantait plus. Sur le Royaume point de Soleil. Vautour n'en avais jamais assez, "il en voulait toujours davantage". Il eut à plusieurs reprises des becquerels avec son compère Coq. Quant à Fourmi, il ne trouva pas de besogne, l'homme ne nourrissait donc plus la famille de Fourmi, il ne mangeait plus de gâteaux. Les fourmis crièrent alors à leur tour famine et sortirent de leur fourmilière. Jamais on eut remarqué qu'elles étaient aussi nombreuses.
Lion, de son côté, ayant dans son repère un cochon quoi qu'un peu amaigri, il prit la vive et sage décision de dévorer ce dernier en hors d'œuvre avant qu'il n'ait plus que la peau sur les os. Le Roi Lion prit alors le monopole de Cochon et comme associés : Coq et Vautour. Ainsi Coq fut pris sous la patte de Lion et put de nouveau chanter à tue tête la sérénade à son aise, ce qui apporta le Soleil sur le Royaume. De son haut pouvoir, Lion trouva besogne pour Fourmi, il en récoltait le blé, en engraissait les cochons et partageait la bête grasse avec Vautour et l'homme qui put nourrir la fourmilière. Sa Majesté Lion régnait.
Aujourd'hui, Lion le petit a laissé Cochon reprendre son empleur, celui-ci est retourné crier famine ...
L'Etat comme toujours sait répéter ses erreurs pourtant marquées dans le passé. Il y a toujours actuellement en son sein des vautours, des coqs, des cochons ... Mais qu'adviendra-t-il de nous pauvres fourmis en cette période de crise ?
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